lundi 25 mars 2013

Rapport de visite aux GASAP de Belgique

Effectué dans le cadre du Programme Européen Grundtvig
Les 23 et 24 Mars 2013

Participants MIRAMAP: Adrien Poteaux et Didier Loufrani

Le programme Grundtvig
Il est promu et financé par la commission européenne.
Son objectif est de faciliter les contacts et les échanges d’informations et de « bonnes pratiques »
en matière d’éducation pour adultes des pays européens.
En quelque sorte, Grundtvig est à l'éducation continue des adultes ce qu'Erasmus est aux les
étudiants.



Pour nous, ce sont les formations de paysans qui sont le coeur de ces échanges, mais
naturellement les modes de fonctionnement des partenariats locaux et solidaires et les contacts
avec nos équivalents des CSA, GASAP, sont tout aussi importants.
Quatre pays étaient concernés par la rencontre de Bruxelles:  la Belgique qui recevait, l'Italie qui
avait envoyé 4 représentants de l' AIAB ( Associazione Italiana per l'Agricoltura Biologica) la
Croatie ( ZMAG, un représentant ) et la France.
Premier jour : exposés sur la formation.
a) 3 formateurs professionnels belges sont intervenus :
• Geert Iserbyt de l'institut de formation pour l'agriculture biologique et biodynamique
LANDWIJZER, pour la région flamande,
• Marc Kerkhove de l'asbl CRABE et
• Philippe Loeckx de l'UNAB pour la région francophone.
Tous forment des agriculteurs bio exclusivement. Formations courtes une demi journée à une
journée ; formations techniques sur les pratiques. Il y a 1200 fermes biologiques en région
francophone et seulement 9 en région flamande pour une superficie territoriale globale,
équivalente pour les deux régions
• Les GASAP n'organisent pas comme nos réseaux régionaux de formation spécifique pour
les paysans en AMAP.
b) Les italiens de l'AIAB nous ont dit qu'il n'y avait pas du tout de formations organisées pour les
agriculteurs bio italiens. Marc Kerkhove leur a demandé de se renseigner car à son avis il y a
sûrement des subsides européens comme pour tous les pays de l'union, et peut être sont ils
utilisés par l'agriculture conventionnelle.
c) Nous avons pour notre part, rapidement présenté les systèmes de formation français.
D'abord l'enseignement agricole institutionnel, à spécialité agriculture biologique, en
précisant qu'il fut instauré tardivement (suite au Grenelle de l'environnement et plan Bio
2007)
Il existe une centaine d'établissements qui possèdent au moins un atelier Bio. Il est nécessaire
d'avoir au moins une parcelle attachée à l'établissement de formation qui soit certifiée bio, après la
période de conversion.

Une trentaine de types de diplômes peuvent être délivrés, du CAP au supérieur.
Nous nous sommes appuyés sur le Dossier bio du ministère (http://agriculture.gouv.fr/tout­sur­le­
bio)
Nous avons en France à peine 24000 exploitations bio, 3,5% de la SAU totale soit moins de 1
Million d'hectares, ce qui est nettement insuffisant pour satisfaire la demande intérieure de
productions biologiques.

Ensuite nous avons présenté les formations spécifiques réalisées par les réseaux
régionaux ( en particulier la brochure éditée par le réseau Rhône Alpes « Paysan en AMAP,
un nouveau métier »)
Enfin nous avons dit quelques mots sur les Espaces Test Agricoles, qui sont des solutions
innovantes, permettant à des porteurs de projet de tester leur activité agricole, avant de
s’installer comme paysans.
Les conditions varient un peu d'un espace test à l'autre en terme de durée, de coût pour les
stagiaires par exemple, mais on retrouve trois invariants : la mise à disposition des porteurs de
projets en agriculture biologique, des terres de la ferme­pépinière, du matériel de culture et un
encadrement technique.
Les Espaces Test agricoles se sont récemment fédérés en réseau : le RENETA (Réseau national
des espaces test agricoles) . Une des administratrice de MIRAMAP le représente au sein du
conseil d'administration du RENETA.

En fin d'après midi, une discussion a eu lieu autour du "prix du panier", et plus précisément
d'outils qui permettraient de calculer un prix de panier équitable. Nous avons présenté
sommairement l'outil en cours de développement en Nord Pas de Calais. Les partenaires
semblaient intéressés par ce dernier.
Deuxième jour : visites de fermes.
Le lendemain, il neigeait et faisait très froid, si bien que nous n'avons pas pu visiter la ferme
urbaine comme c'était prévu, et c'est Mathieu, l'animateur de cette ferme et fondateur du GASAP
« Le début des haricots » qui est venu nous rejoindre dans l'appartement de Solène près de la
place Flagey.
Mathieu est ingénieur agro. Il voulait travailler la terre mais rester en ville. Il s'est orienté vers la
formation et a réussi à convaincre les autorités de la ville de le soutenir dans son projet.
La ferme urbaine
Elle est située à Neder­over­Hembeek, dans les quartiers nord de Bruxelles. Elle sert en GASAP
une quarantaine de paniers par semaine.
Totalement écologique : il n'y a pas d'électricité ; l'eau des toitures est récupérée dans une bâche
et sert pour l'arrosage des cultures ; elle est pompée par une éolienne à piston.
Pas de chambre froide non plus: deux excavations en pleine terre avec des parois de bois servent
à conserver les légumes racines.
Deux ânes font le travail du sol quand c'est le moment et remplacent avantageusement le tracteur.
En hiver, ils sont amenés à pied sur 120 km pour hiberner dans le sud des Ardennes et c'est une
occasion pour rencontrer la population et les enfants sur le chemin, pour être accueilli de manière
sympathique. « Quand on accompagne des ânes, tout le monde vient vous parler » précise
Mathieu en souriant !
La particularité de la ferme urbaine est de former des demandeurs d’emploi au maraîchage bio.
Mathieu et un autre éducateur initient quatre demandeurs d’emploi, pendant deux ans, dans le
cadre d'un programme social d'insertion. Ces quatre jeunes touchent les prestations sociales
d’Actiris, l'équivalent belge de nos ASSEDIC. Les salaires des animateurs sont assurés par la ville.
Les cours sont faits sur le terrain en pratiquant. Méthodes agro écologiques et explications
théoriques quand c'est nécessaire sans avoir besoin de s'installer dans une salle de classe.
Le terrain de 1 hectare qui est prêté par une association de la ville va être repris. Le projet de
l'association « Le début des haricots » est d'accepter la proposition de la commune de Watermael­
Boitsfort, l'une des 19 communes de Bruxelles­capitale, située au sud est , qui propose un terrain
de 3 hectares. L'idée de Mathieu est d'y transplanter la ferme urbaine sur 40% de la surface, telle
qu'elle fonctionne aujourd'hui et sur le reste d'y implanter une exploitation maraîchère bio servant
des Gasap , mais avec le fonctionnement particulier de la ferme de Tom à Leuven.
Le champ ouvert : la ferme de Tom à Leuven ("Het Open Veld")
Tom est un paysan flamand installé depuis 7 ans sur un terrain très proche de la ville de Leuven.
On peut trouver quelques photos de son exploitation ici : http://gasnoh.over­blog.com/article­visite­
de­la­ferme­self­service­a­leuven­quelques­photos­105109691.html (pour nous, les terrains étaient
bien plus enneigés !)
Grand, très ouvert, âgé d'environ 35 ans, il possède un fort charisme et explique très clairement
son principe de fonctionnement. Il possède aujourd'hui, 1.5 hectares environ mais a commencé
avec la moitié. Il cultive et soigne ses plantes mais il n'assure pas la récolte. Ce sont ses adhérents
qui le font. Tout son temps est utilisé à des tâches techniques, ce qui lui permet d'offrir des
produits longs à ramasser comme des haricots verts ou des fraises à ses 170 familles (320
personnes )
Depuis cette année, le prix est laissé libre entre 200 et 270 € par personne pour toute l'année ( il
prend 2 mois de vacances en hiver), avec un "prix conseillé" à 220 euros (prix calculé comme lui
permettant de couvrir ses charges et son salaire), qui est celui payé par la majorité. Pour les
enfants, c'est en fonction de l'äge.. Il n'y a pas de quantité fixe, pas de taille de panier standard.
Chacun vient ramasser ce dont il a besoin pour nourrir sa famille et qu'il peut manger frais, comme
si c'était son propre jardin.
Tom cultive aussi des cerises, qu'il vend à part de son GASAP. C'est un gros travail ponctuel pour
le ramassage mais cela procure une bonne rentrée financière, et lui permet d'investir et d'acheter
du matériel.
Il nous a vanté la « Kassine » matériel agricole léger et polyvalent achetée en France. Voir sur le
site de Prommata (association qui promeut pour la traction animale un matériel léger et polyvalent,
qu'on peut fabriquer dans des ateliers de village)  http://www.prommata.org/portou.php
Lui n'utilise pas la traction animale mais un petit motoculteur qu'il conduit assis sur une selle de
moto et derrière lequel il accroche sa kassine.
Il dispose de plusieurs tunnels de culture. L'un d'entre eux était occupé par des poules qu'il mettait
là après l'arrachage des cultures d'automne. Les poules grattent la terre et mangent les larves
d'insectes susceptible de s'attaquer aux cultures à venir.
Nous avons vu aussi 4 moutons dans un petit abri sur la ferme. Il nous a dit vouloir expérimenter
un peu de polyculture élevage.  
Son choix et de ne pas posséder de véhicule.  C'est aussi pour cela qu'il ne fait pas de livraison. Il
vit à la ville et se rend à la maison familiale à pied.
Il nous a raconté comment, sans argent, il a pu acheter les champs qui ont été mis en vente tout à
côté de son terrain d'origine. Il avait alors une cinquantaine de familles à nourrir. Il a simplement
demandé à ses adhérents de s'engager sur 3 ans au lieu d'un an afin qu'il dispose de la somme
nécessaire à cet achat. Après une heure de réunion il avait réuni 12000 Euros. Il a maintenant une
liste d'attente de 5 ans.
 Nous lui avons demandé comment se passaient les récoltes et s'il n'y avait pas de personnes
tentées de prendre plus que leur consommation. Sa réponse est qu'en 7 ans il n'a dû renvoyer
qu'une seule personne  indélicate en lui remboursant ce qu'elle avait payé en début d'année. Il est
présent tous les jours sur ses terres et peut répondre. Mais aussi,pour ce qui peut être ramassé et
les quantités disponibles, il a mis en place des moyens simples : un grand tableau noir à l'entrée et
des drapeaux de couleur sur les planches de culture : vert c'est mûr et abondant, orange à
ramasser mais en petite quantité pour que tous en aient, rouge récolte interdite  pour des raisons
qu'il explique alors de vive voix.
Il explique que la somme demandée à chaque adhérent en début d'année lui assure un revenu
suffisant à ses besoins et que les soins qu'il apporte à ses cultures permettent d'écouler plus de
90% de ce qui pousse. Il nourrit ses moutons avec des raves des choux, de son exploitation et
échange céréales et foin contre des légumes avec un agriculteur proche car il n'a pas
suffisamment de terres pour gérer des pâturages.
En conclusion une visite très intéressante et un système de partage de récolte et de travail avec
les adhérents qui mérite  d'être connu par nos paysans.
La suite de ce programme Grundtvig.
Cette rencontre bruxelloise était la deuxième d'une série de cinq. La première a eu lieu en Italie en
octobre dernier ; la suivante est prévue à partir du 15 juin en Croatie (le week end du 15 juin, une
rencontre des CSA de Croatie est prévue à Vukomeric, un village proche de Zagreb, et fera partie
de la rencontre. Ensuite, une visite de fermes sur la côte est prévue le début de semaine suivant).
Adrien a commencé à voir si cela lui serait possible. La quatrième est celle que Miramap organise,
avec comme thématique la finance solidaire. Elle est prévue pour début 2014. Nous nous
demandions s'il serait pertinent de faire ca du côté de Lyon... Enfin, la dernière rencontre n'est pas
encore définie à ce jour.

Adrien Poteaux
Réseau des AMAP du Nord Pas de Calais

Didier Loufrani
Réseau  des AMAP du Tarn

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